Médecin-conseil :

« On est là pour conseiller, accompagner, aiguiller »

On entend parfois parler du médecin-conseil comme de celui qui décide de remettre un affilié au travail. Mais que fait-il réellement au quotidien ? Comment prend-il ses décisions ? Et surtout, travaille-t-il vraiment seul ? Rencontre avec un médecin-conseil, qui nous emmène dans les coulisses de son métier.

À quoi ressemble une journée type de médecin-conseil ?

Sur une semaine, j’ai trois jours de consultations et deux jours d’administratif. Habituellement, mes consultations commencent à 8h30, mais j’arrive à 8h pour éplucher les dossiers. Comme ça, quand j’ai l’affilié en face de moi, je sais déjà ce dont on va devoir parler. Et je n’aime pas être en retard, j’aime bien voir les affiliés au bon moment pour essayer au maximum de respecter le timing et ne pas les faire patienter.

On est censé voir 20 personnes par jour, avec 20 minutes de consultation par affilié. La difficulté aussi pour nous, c’est de prendre une décision en 20 minutes. Parfois j’ausculte l’affilié, parfois pas si ce n’est pas nécessaire.

C’est vraiment du cas par cas.

Les affiliés arrivent-ils avec certaines craintes ?

Oui, ils ont souvent peur que je les remette directement sur le marché du travail alors que l’objectif c’est plutôt d’être à l’écoute de l’affilié, de comprendre son parcours, son vécu et les difficultés qu’il rencontre. J’essaye de rassurer les affiliés, j’explique pourquoi je les vois. Et généralement, ça se passe hyper bien. Ce qu’on oublie, c’est que dans le mot médecin-conseil, il y a le mot conseil avant tout. On est là pour les conseiller, les accompagner, les aiguiller et les référer parfois vers le bon prestataire de soins aussi.

Comment réagissent les affiliés à vos décisions ?

Franchement, il y a de tout au niveau des réactions. Personnellement, je rencontre peu d’agressivité, mais ça dépend de comment tu amènes les choses. Après, c’est l’expérience aussi. Au début, j’étais peut-être un peu trop direct, mais maintenant je mets plus les formes et ça se passe beaucoup mieux.

C’est souvent une question de communication finalement.

Il y a parfois des situations où les gens commencent à pleurer ou me disent : « Comment je vais finir mon mois ? » Je comprends la situation et les difficultés mais j’évalue en fonction d’une loi, c’est une évaluation médicale.

Comment gérez-vous l’aspect émotionnel du métier ?

Je pense qu’on met tous une carapace pour faire face à ça et aussi, on n’a pas tous la même sensibilité. Parfois, il va y avoir des histoires qui vont te toucher plus que d’autres. Tu dois aussi toujours être disponible pour la personne suivante. Tu ne peux pas te laisser emporter par tes émotions avec un affilié pour ne pas que ça se répercute sur le suivant, car il a une autre histoire et tu dois pouvoir l’écouter aussi et l’accompagner au mieux. Tu dois faire un reset à chaque fois. Et c’est ça aussi, je pense, la difficulté du métier.

Avec qui travaillez-vous au quotidien ?

Au quotidien, je collabore avec une série de services et de professionnels. Pour la décision d’aptitude, c’est en notre âme et conscience qu’on décide. Par contre, pour plein d’autres choses, on va collaborer avec différents services : les coordinateurs de retour au travail, le service administratif, les soins de santé parfois. On peut même parfois demander des informations aux conseillers. Dans mon équipe, il y a des médecins-conseils, des psychologues conseils, des kinés conseils, des ergo conseils… avec lesquels on collabore énormément. L’affilié ne le voit pas, mais il y a parfois une approche multidisciplinaire.

Et qu’aimeriez-vous que les affiliés comprennent mieux de votre métier ?

Je pense que les gens oublient qu’on est légèrement différents des médecins « traditionnels ». Le médecin va t’évaluer d’un point de vue purement médical, mais moi, je suis tenu par une loi. J’évalue l’affilié d’un point de vue médical mais aussi d’un point de vue juridique. Lorsque je prends une décision d’aptitude au travail, j’en assume pleinement la responsabilité et je reste maître de cette décision. En revanche, lorsqu’il s’agit de prolonger une incapacité de travail, l’INAMI dispose d’un pouvoir de contrôle et de décision. Nous ne sommes donc pas totalement autonomes dans la gestion de ces dossiers.

C’est pour cette raison que nous demandons, lors des consultations, des rapports médicaux aussi complets que possible. Plus les éléments médicaux dont nous disposons sont détaillés et documentés, plus nous sommes en mesure de justifier et de soutenir notre décision de prolongation auprès de l’INAMI.

Je rappelle également que le médecin-conseil n’a pas accès au dossier médical global du patient. Les informations transmises par les médecins traitants et spécialistes sont donc essentielles pour apprécier correctement la situation médicale et motiver nos décisions. C’est pour ça qu’on demande à l’affilié de venir avec des rapports médicaux complets : plus notre rapport est complet, plus on peut justifier les décisions auprès de l’INAMI.

Au final, ce que j’aime dans ce métier, c’est justement cet accompagnement. Tu vois l’affilié, tu l’abordes de façon médicale, mais aussi de façon économique, juridique… Tu jongles avec plusieurs notions.

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