Cyril Dion

« L'éco-anxiété ? C'est le fait de ne pas être inquiet qui me semble problématique »

Auteur, réalisateur et militant écologiste, Cyril Dion est surtout connu du grand public pour « Demain », un documentaire écologiste qui a bousculé des millions de spectateurs. Nous l’avons rencontré dans la cafétéria de la Cité Miroir, quelques minutes avant sa conférence, et avons profité de l’occasion pour échanger autour d’un café.

Beaucoup de gens ressentent aujourd'hui une forme d'angoisse face à la crise écologique. Selon vous, l'éco-anxiété est un problème à soigner ou une réaction normale ?

Ça me paraît être le signe que les gens sont plutôt sains d’esprit. L’anxiété, c’est une anticipation négative du futur. Donc, quand on pense à l’écologie, étant donné qu’on entend des prévisions de plus en plus alarmantes et que les prévisions du passé se sont en partie concrétisées, il y a toutes les raisons d’être inquiets.

C’est le fait de ne pas être inquiet qui me semble problématique. Ceux qui pensent que c’est un problème psychologique souffrent sûrement d’une forme de déni, ou d’une volonté de minimiser ce qui se passe.

Est-ce que vous vous considérez vous-même comme éco-anxieux ?

Oui oui ! Je suis un anxieux moi… je suis traité pour ça. J’ai une bonne psy qui a beaucoup de travail avec moi [Rire]. Donc étant anxieux, je suis d’autant plus éco-anxieux. Mais pour ce qui est de l’éco-anxiété, ça me paraît à peu près normal. Et ça me semble être un carburant nécessaire pour avoir l’énergie de réagir.

Eco-anxiété : Comment prendre soin de la planète sans y laisser sa santé mentale ? 
Avez-vous des conseils pour transformer cette inquiétude en énergie positive plutôt qu’en élément paralysant ?

Le remède à l’anxiété c’est de revenir dans le présent et de se mettre en action. D’avoir le sentiment de reprendre du pouvoir par rapport à quelque chose. Donc la plupart du temps, ce qui fait du bien aux anxieux, et j’en parle en connaissance de cause, c’est de retrouver le sentiment qu’ils ont une prise sur la situation et que la situation n’est pas simplement quelque chose qui leur échappe.

Donc aux éco-anxieux, je leur conseille de commencer par faire des choses qui leur donnent le sentiment qu’ils contribuent d’une certaine façon à résoudre le problème.

Soit à côté de chez eux, soit en participant à des mobilisations qui constituent des rapports de force avec les responsables politiques.

On parle de plus en plus des liens entre santé humaine et environnement. La crise écologique est-elle aussi une crise sanitaire ?
On peut le dire, et de plus en plus. Les maladies liées aux pollutions environnementales explosent depuis une trentaine d’années : cancers, perturbations endocriniennes, infertilité masculine, maladies cardiovasculaires… La pollution de l’air est responsable d’un grand nombre de décès. En France, les statistiques officielles parlent de 40 000 à 50 000 morts par an. Une université anglaise estime que c’est au moins le double, soit 100 000 personnes par an, un million sur dix ans. C’est considérable. J’ai été attaqué il y a quelques mois pour avoir osé comparer les morts du terrorisme aux morts liées aux pollutions environnementales. Ce n’est évidemment pas la même violence directe mais si on regarde froidement les chiffres, on est face à un problème de sécurité sanitaire bien plus important en termes de nombre et de conséquences sur la population.
Le système de santé est-il armé pour répondre à ces enjeux ?

Le problème c’est qu’on a un système centré sur le médicament plutôt que sur la prévention. Il y a des entreprises qui vendent à la fois des polluants et les médicaments pour soigner les maladies que ces polluants provoquent. Ces compagnies exercent une influence considérable sur les systèmes de santé, notamment en France.

Pourtant les causes sont là. Je ne sais pas comment c’est en Belgique mais en France, la quasi-totalité des eaux du robinet sont contaminées par des polluants éternels, des PFAS, des pesticides ou des perturbateurs endocriniens. On a des études de plus en plus alarmantes sur la quantité de micro-plastiques dans nos estomacs, nos intestins, notre cerveau, notre sang. Par exemple, si vous prenez le train et achetez quelque chose au wagon-bar, il est emballé dans du plastique, réchauffé au micro-ondes, et sous l’effet de la chaleur, des molécules migrent dans votre alimentation et s’accumulent dans votre organisme.

Tous les acteurs de santé devraient pouvoir se battre pour changer ça, arrêter certains produits dans l’agriculture, revoir les emballages, investir dans la prévention. Ce serait utile pour tout le monde… et ça ferait aussi des économies aux mutuelles.

Pour aller plus loin,

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