Droits des femmes :
quatre voix pour un même combat

L’égalité femmes – hommes se conquiert chaque jour. Entre violences invisibles, solidarité puissante, luttes collectives et petites victoires individuelles, quatre femmes du réseau associatif Solidaris Mons – Wallonie picarde nous racontent leur quotidien. Elles illustrent la force du réseau associatif : un écosystème où chaque action – individuelle ou collective – contribue à faire avancer l’égalité.

Chaque femme a une bonne raison. À nous de l'entendre.

Ann, Psychologue

Centre de Planning Familial Aurore Carlier

Forte de 25 ans d’expérience en planning, Ann accompagne en consultations adolescents et adultes, assure le suivi des grossesses non désirées et anime des ateliers EVRAS. Son quotidien ? Une humanité riche et imprévisible : « On ne sait jamais qui on va rencontrer mais chaque femme a une bonne raison d’être là : précarité, charges familiales trop lourdes, difficultés contraceptives, famille qui a déjà tout ce qu’elle peut assumer, couple qui ne veut pas d’enfant dans le contexte actuel. »

« Contrairement à ce que l’on pense, la majorité des IVG n’implique pas des mineures. Sur les 262 demandes reçues en 2025, 15 concernaient des mineures (14-17 ans). Ce sont les femmes de 25 à 34 ans qui sont les plus représentées. »

Son travail commence au premier rendez-vous : écoute, explications des méthodes, collaboration avec le médecin et accompagnement jusqu’après l’intervention. « Ce moment d’après, où elles respirent enfin… pour beaucoup, c’est du soulagement. »

Un souvenir bouleversant

Ann se souvient de la détresse d’une femme, 32 ans, déjà maman de deux enfants et qui se retrouve enceinte. En raison de problèmes de contraception, elle avait demandé une ligature des trompes mais parce qu’elle n’avait pas 35 ans, sa demande avait été refusée par son gynécologue. « Elle savait ce qu’elle voulait. On le lui a refusé. Elle était en colère, et je l’étais avec elle. »

Un engagement viscéral

En 1990 – avant même la dépénalisation de l’avortement – Ann accompagne une amie pour une IVG. Ce fut un électrochoc. « Ça m’a marquée à vie. » Elle y consacre ensuite son mémoire, fait un stage en accompagnement IVG… Le reste suit naturellement.

« C’est la seule fonction où je suis autant remerciée. On aide vraiment les femmes. C’est on ne peut plus concret et immédiat. »

Manon, coordinatrice

Service Accueil d’enfants

Depuis six mois, Manon coordonne le Service Accueil Enfants de Solea qui compte près de 30 accueillantes. Le secteur de la petite enfance, c’est un secteur presqu’exclusivement féminin, au croisement entre éducation, soutien aux familles et lutte contre les inégalités.

« Le service est en première ligne du soutien parental car une place d’accueil, c’est une possibilité de vivre. De se former. De travailler. De souffler. Sans ça, tout se complique. »

Avec l’équipe, elle réoriente vers les services adéquats lorsqu’une autre problématique survient (la garde d’un enfant malade…). Son quotidien est fait de rencontres avec des familles, des classiques, mais pas seulement. Elle rencontre aussi des mamans solos, plus rarement des papas solos. Elle est catégorique : « Même dans une famille classique, quand il n’y a pas de solution de garde pour l’enfant, c’est très souvent la maman qui arrête de travailler. »

La satisfaction des parents donne tout son sens à son travail. « Lorsqu’un parent annonce avoir décroché un emploi grâce à l’accueil, là, je me dis : OK, notre travail change vraiment des vies. »

Margot, animatrice

Éducation permanente

Depuis trois ans, Margot travaille au cœur du collectif. Son action se distingue des autres témoignages : elle anime des groupes de femmes, ouvre des espaces de discussion, crée des prises de conscience, porte des revendications politiques.

« Les violences, les inégalités de santé, l’errance médicale, la charge mentale écrasante des mamans solos… Des femmes qui prennent soin de toutes et tous mais qui ne sont pas écoutées. Tout remonte dans nos ateliers. »

Si elle constate certaines avancées, elle met en garde contre certains discours, amplifiés par les réseaux sociaux. « Oui, on a obtenu des droits mais certains veulent revenir en arrière. Le masculinisme, le conservatisme… c’est bien réel. »

Soralia joue un rôle de contre-pouvoir : elle agit, interpelle, ne lâche rien. Et ça porte : « Le Point mauve au Doudou, c’est le fruit d’un collectif (le C8M de Mons). Quand on se met ensemble, on déplace des montagnes. » Margot cite avec fierté cette victoire collective. La création d’un espace sûr pour les victimes de violences sexistes et sexuelles, c’est une avancée à la fois symbolique et concrète qui la pousse à réfléchir à un folklore plus inclusif.

Au sein des groupes, elle voit aussi naître des déclics puissants : « Le groupe, ça transforme. Quitter un mari violent, oser changer de boulot, prendre sa place. On mérite toutes notre place. »

Pour elle, le féminisme est un mouvement global, les luttes sont liées : « Patriarcat, racisme, capitalisme : trois systèmes de domination, trois fronts. Nous devons cultiver la militance mais aussi la joie à travers nos actions. »

Son livre coup de cœur 8 mars : Comment le féminisme peut sauver le monde, de Lauren Bastide.

Son livre coup de cœur 8 mars

FUTURES – Comment le féminisme peut sauver le monde

de Lauren Bastide

Anaïs, formatrice

Insertion socioprofessionnelle

Depuis quatre ans, Anaïs accompagne des personnes en recherche d’emploi. L’inscription aux formations (vente, administratif, logistique, agent d’accueil…) se fait sur base d’un entretien de motivation. « Ce sont les projets et l’envie des participants qui comptent. »

Ses groupes sont le reflet de la société, elle y côtoye la précarité extrême, le statut de cohabitant qui freine tout, les violences intra-familiales, les stéréotypes qui enferment… Et elle le répète : « Sans solution de garde, une maman solo ne peut rien faire. Ni travailler, ni même se former. »

Notre action se fait à deux niveaux, au niveau individuel, via un agent de guidance qui oriente vers les organismes compétents et au niveau collectif, via des synergies avec d’autres asbl du réseau.

« L’insertion, ce n’est pas qu’une formation avec emploi à la clef. On n’a pas une obligation de résultats, mais une obligation de moyens. L’évolution personnelle, c’est déjà énorme. »

Au sein des groupes en formation, elle voit beaucoup de solidarité : « L’effet de groupe est incroyable. Une femme a quitté son mari violent à la fin d’une formation. Elle avait pris conscience de sa force. Ça aussi c’est une victoire. Je me souviens aussi d’une jeune femme atteinte d’une maladie invalidante qui faisait preuve d’une détermination à toute épreuve. Elle était devenue un moteur pour le groupe. Elle nous a donné une claque à tous. »

À travers ses propos, Anaïs met également en lumière la persistance des inégalités dans le monde du travail : plafond de verre, clichés tenaces et accès inégal à certaines professions ou responsabilités.

Son livre coup de cœur 8 mars : L’Année de grâce, de Kim Liggett qu’elle décrit comme un véritable choc féministe.

Son livre coup de cœur 8 mars

L’Année de grâce

de Kim Liggett qu’elle décrit comme un véritable choc féministe.

Des réalités différentes, un même combat

À travers ces témoignages, se dessine une image des réalités multiples, parfois dures, souvent invisibles ; mais surtout, un engagement constant et une solidarité qui transforme. Ces professionnelles aux missions différentes mais complémentaires illustrent que l’égalité est un chemin, un travail collectif. En ce 8 mars, Ann, Manon, Margot, Anaïs en sont les artisanes.

CPF Soralia Comines

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