Et si prendre soin de sa santé commençait par mettre les mains dans la terre ?
À Mouscron depuis 20 ans et à Douvrain depuis 10 ans, les jardins partagés portés par le réseau Solidaris Mons-Wallonie picarde font pousser bien plus que des légumes. On y cultive le lien social, le bien-être, la confiance et l’envie d’agir ensemble.
Deux animatrices Soralia, Christine Desmet à Baudour et Daphné Meersman à Mouscron, nous racontent ces jardins où l’on cultive la terre, mais aussi le lien social… et une autre manière de prendre soin de sa santé.
Situé entre l’hôpital, la maison de repos et la CSD, le jardin solidaire de Douvrain est né d’une belle rencontre entre citoyens, associations et mutualité. Dix ans plus tard, l’attachement est toujours aussi fort.
« Le jardin est devenu un petit coin de paradis. Les gens viennent pour cultiver leur parcelle, mais surtout pour se retrouver, discuter, souffler », explique Christine Desmet.
Le groupe est riche et varié : femmes et hommes, de 12 à 80 ans, retraités, personnes sans emploi ou en activité, belges et d’origines multiples. Chaque semaine, le jardin devient un lieu de rencontres simples, autour d’un café, d’un thé ou d’un plat partagé.
« Le meilleur moyen de rapprocher les cultures, c’est souvent la nourriture », sourit l’animatrice.
On y échange aussi des savoir-faire : boutures, compost, engrais naturels, techniques de plantation. Chacun arrive avec ses connaissances et repart avec de nouvelles idées.
Mais jardiner ensemble change aussi le regard que l’on porte sur la nature.
« En groupe, on apprend à respecter les règles de la nature. On discute de ce qu’il vaut mieux éviter, de ce qu’on peut utiliser à la place, et surtout, on observe », souligne Christine.
A Douvrain, la terre est considérée comme un bien commun. On cultive en pleine terre, sans produits phyto, dans le respect des saisons et de la météo. Les récoltes abondantes se partagent, tout comme les parcelles lorsque certaines personnes ne peuvent plus jardiner.
« On ne prend que ce que la nature a bien voulu nous donner. Et quand il y en a trop, on partage. Cela limite le gaspillage et change le rapport à ce que l’on mange », ajoute-t-elle.
Le jardin joue aussi un rôle essentiel contre l’isolement.
« Même quand certaines personnes ne peuvent plus jardiner pour des raisons de santé, elles continuent à venir. Le lien reste », insiste Christine.
Au-delà des légumes, le jardin devient un véritable espace de santé : air frais, activité physique douce, rythme apaisé et alimentation de qualité.
« Jardiner, c’est un marathon tranquille. On bouge sans pression, chacun à son rythme. Le travail au jardin devrait parfois faire partie des prescriptions médicales », confie l’animatrice.
L’Gardin du Val est né en 2006 de l’envie des habitants du quartier de créer un lieu vivant et solidaire. Vingt ans plus tard, l’esprit est toujours le même.
« Ce jardin n’a jamais été pensé uniquement comme un potager, mais comme un outil de solidarité et d’émancipation », explique Daphné Meersman.
Familles, personnes seules, bénévoles, enfants, groupes de passage… chacun y trouve sa place. Les échanges se font naturellement, sans étiquette.
« On ne se rencontre pas autour d’un statut, mais autour d’un semis, d’un arrosoir ou d’un café. Une brouette peut devenir un pont entre deux mondes », raconte l’animatrice.
Le jardin offre aussi un prétexte doux pour sortir de chez soi.
« On vient jardiner… et petit à petit, la parole se libère. Des personnes arrivent fatiguées, parfois isolées, et repartent plus légères. Le jardin apaise, redonne un rythme et un cadre positif au quotidien », observe Daphné.
Cultiver ensemble, c’est aussi revenir au temps long, aux cycles naturels, à l’observation.
« On comprend vite qu’on ne commande pas la nature : on apprend à faire avec elle », explique‑t‑elle.
Voir pousser une salade ou une courgette change le regard porté sur l’alimentation.
« Quand on a vu grandir ce que l’on mange, on ne le consomme plus de la même façon. Cela remet beaucoup de choses à leur juste place », poursuit‑elle.
Au fil des saisons, L’Gardin du Val est devenu un petit village urbain, rythmé par des goûters, des portes ouvertes et des moments collectifs. On y partage des légumes, mais surtout des moments, des sourires et des histoires.
À Douvrain comme à Mouscron, les jardins partagés sont bien plus que des potagers. Ils favorisent la mixité sociale, l’entraide, le bien-être mental, l’activité physique douce et une alimentation saine.
Face aux défis à venir — accueillir de nouvelles personnes, transmettre l’esprit du lieu, développer de nouveaux ateliers — une chose reste certaine : cultiver la terre, c’est aussi cultiver les liens… et le bien‑être.
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